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Salvador bâilla et la musique reprit le pas

A défaut de pouvoir être présents pour le Carnaval, nous avions fait en sorte de planifier notre périple brésilien pour être absolument à Salvador le matin du 2 février, jour où les bahianais célèbrent Iemanjà, la mère des Orishas, et qui donne lieu à un grand rassemblement populaire, véritable condensé de tout ce qu’on peut trouver à Bahia : spiritualité, danse, musique et alegria.

Mais c’était sans compter l’arrivée tardive à l’aéroport, l’attente interminable du bus, les 2 heures d’embouteillage sur le trajet, justement à cause de cette même fête qui bloquait toutes les routes, la recherche d’une pousada avec 20 kg sur le dos dans les pentes raides et pavées du centre historique, le tout sous une chaleur étouffante.

Résultat des courses, il est 14 heures quand nous posons enfin nos sacs dans une chambre et là je ne peux lutter, la fatigue accumulée depuis le début de matinée – le réveil a quand même sonné à 4h30 – a raison de mes dernières forces et je m’écroule sur le lit pour 2 heures de sieste… Autant dire qu’à mon réveil, la fête à laquelle nous voulions absolument assister était terminée depuis belle lurette !

PA, qui connaît déjà Salvador, me rassure en me disant qu’on aura certainement l’occasion de se rattraper dès le soir même, car l’ambiance festive fait partie intégrante de la ville. Soit. Un petit acajaré (sorte de Falafel fourré à différents ingrédients de couleurs douteuses) et une succulente glace, tout aussi locale, avalés et nous voilà partis profiter de la fin d’après-midi dans le centre historique.

Vers 20h30, nous nous mettons à la recherche d’un petit resto pour diner mais nous trouvons la ville étonnamment calme, presque endormie. Les rares cabouettes avec un peu de lumière nous répondent toutes en coeur : «fecho !». Fermé, c’est fâcheux. Nous rebroussons alors chemin vers notre pousada le ventre aussi vide que les rues…

Réveil matinal, on ne sait si c’est à cause de la faim ou du soleil déjà haut dans le ciel, mais quelle ne fut pas notre joie quand nous avons découvert le petit déjeuner, de loin le meilleur de tous les hôtels que l’on ait fait dans nos vies de bourlingueurs ! Tout y est, saveurs bahianaises sucrées et salées, jus de fruits frais, yaourt, muesli, charcuterie, fromages, même de quoi se faire un sandwich pour le midi !

A

De retour au Pelourinho (petit pilori où étaient suspendus les esclaves des plantations de sucre), nous suivons un parcours proposé par le guide qui nous montrera toutes les facettes de cette fabuleuse cité, où la musique jaillit de chaque échoppe. J’ai l’impression de me retrouver à La Havane, sauf que le rythme joyeux de la samba remplace le son cubain. On y sent une douceur de vivre et paradoxalement une misère profonde.

Le soir arrive et encore une fois, tout est rapidement «fecho»! Les ruelles deviennent désertes et c’est là qu’une française installée sur place nous apprend que la police de Salvador fait grève depuis la veille et que les attaques et les vols se multiplient (un couple se serait d’ailleurs fait agressé devant une pousada voisine de la notre…). Dire que j’accusais PA de se laisser monter le bourrichon par toutes les précautions à prendre à Salvador ! Nous regagnons sans plus attendre notre chambre et, après vérification sur le net, on découvre que la ville est en état d’alerte, que l’armée a été appelée en renfort pour rétablir l’ordre et que toutes les activités culturelles sont de fait suspendues ! Et nous qui nous promenions tranquillou, l’air de rien. On l’a échappé belle on dirait. On décide donc de ne pas tenter le diable et de dîner à côté de l’hôtel pour cette fois ci.

Le lendemain, des militaires armés jusqu’aux dents ont pris place dans tous les recoins du Pelourinho, détendant ainsi l’atmosphère craintive qui y régnait. En attendant le guide qui va nous emmener assister à une cérémonie de Candomblé, nous sommes d’ailleurs attirés par un attroupement, en fait des commerçants qui ont dégainé leurs instruments et chantent joyeusement, tandis qu’autour d’eux un cercle s’agrandit et que la bière est partie pour couler à flots, au rythme de leur mélodie. Il est presque 19h et la joie de vivre qu’on était venu chercher dans cette ville a finalement refait surface, tout le monde danse, boit, rit, les notes de musique jaillissent et avec eux les sourires et chants des bahianais. Les brésiliens ont ça dans le sang, tout n’est que musicalité. La samba les saisit par les tripes, les pieds battent les pavés en rythme, les corps se dandinent et les âmes se laissent abandonner à l’ivresse de la joie.

A

Nous enchaînons donc sur la soirée Candomblé qui promet d’être pour le moins spirituellement intéressante… Vêtus de vêtements clairs (le rouge et le noir font fuir les esprits) nous entrons religieusement dans un terreiro, où va être célébrée une cérémonie d’initiation. C’est un espace carré, en carrelage blanc, entouré de chaises immenses et colorées. Des femmes de tout âge, vêtues de leurs beaux habits blancs de bahianaises et portant de grands colliers, s’agitent comme des abeilles, l’une arrange la coiffe de l’autre, celle-ci donne à manger à ses enfants, tandis qu’une autre prend place dans l’un des imposants sièges. Dans le même temps de jeunes ados préparent leurs percussions sur une mezzanine légèrement en retrait.

Après 45 min d’attente, les percussionnistes donnent enfin le la. Les femmes se mettent alors à tourner les unes derrière les autres (un peu comme à la Mecque) en chantant en yoruba et en effectuant des pas de danse codés. De son côté, un homme fait brûler de l’encens puis le répand dans toute l’assistance pour l’épurer et préparer le terrain à l’arrivée des orichas. Les rythmes s’enchainent inlassablement durant une bonne heure, certaines femmes entrent en transe, jusqu’au moment où les tambours s’arrêtent sans prévenir, les femmes se rassoient et dans ce silence impressionnant surgissent des cris aigus venus d’ailleurs. Les femmes accueillent chaque cri par des applaudissements ainsi que par des grands sourires de satisfaction et de soulagement. Les orichas ont répondu à leur appel.

Les tambours reprennent, et c’est là qu’entre en scène une femme imposante toute habillée de bleu et armée d’un petit sabre. Elle était possédée par Ogun, l’oricha de la guerre. Dans un moment de silence, Ogun lance un cri strident et instantanément 7 femmes de l’assistance replongent dans leur état de transe, leurs yeux se sont fermés, leurs mains se sont jointes sur leur hanche gauche et elles se sont dressées dans un mouvement de balancier de droite à gauche. Quand le cri se répète, elles se cambrent en bougeant frénétiquement les épaules, dans un mouvement qui rappelle un peu celui d’un pigeon en rut.

Hélas les appareils photos étaient interdits et à part quelques médiocres images volées – j’avais quand même gardé une caméra dans ma poche dans l’espoir d’avoir une fenêtre de tir – nous n’avons pu immortaliser cette cérémonie comme nous l’aurions voulu.

A

Pas de roda spectaculaire non plus, car à l’exception de quelques capoeiristes à touristes, impossible de trouver une école ouverte (désolé pour le défi) et pourtant ce n’est pas faute d’avoir cherché !

Après toutes ces émotions, il est temps d’aller se rafraîchir un peu, que diriez-vous d’une bonne douche à Iguaçu ?

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10 Commentaires Poster un commentaire
  1. mathilde2012 #

    Merci pour cette vidéo qui m’a fait pleurer de rire dès le matin!

    8 février 2012
  2. La reconstitution est un chef-d’oeuvre, les deux femmes de chambre maniant un balai imaginaire sont étonnantes de vérité. Heureusement DSK n’était pas là !

    8 février 2012
  3. Greg #

    Je n’ai pas encore vu la vidéo, en ce moment je pense beaucoup à vous… surtout depuis hier où je dois bien le dire je vous maudis !

    Communiqué du syndicat de l’immeuble :

    Bonjour, des travaux de rénovation vont être entrepris dans les caves, les caves X,X,X et 9 devront donc être intégralement vidées pour laisser les ouvriers travailler sur les canalisations… et notre cave est….. la 9 !!
    Durée des travaux : 3 semaines environ, le « environ » m’effraie quelque peu… je ne vous parle pas de la panique de Steph imaginant déjà notre appartement remplie de l’intégralité de la cave !
    Je posterai des photos sur votre blog ;-)

    Adjeu !

    8 février 2012
    • Meriem #

      J’ai vraiment trop honte! Sorry, on vous revaudra ça

      10 février 2012
  4. C’est pas comme si elle était archi-blindée… En tout cas c’est moche… On avait si bien tout ordonné et tout optimisé… Pauvre Steph !

    8 février 2012
  5. fab 2000 #

    J’aime bcp bcp le pigeon en rut! Et iguazu, pas trop de touristos ? vous vous êtes faits attaqués par les coatis ?

    8 février 2012
    • Ah c’était horrible! on avait perdu l’habitude de voir autant de touristes

      9 février 2012
  6. Vincent #

    Un grand merci pour cette vidéo du « condomblé à faire chez soi ».
    La vidéo est déjà virale : j’l’ai forwardé à plein de gens bien :)
    Content de voir que vous profitez de ce voyage avec déjà des expériences bien différentes.
    Beijinhos

    9 février 2012
  7. Béatrice #

    Salut !
    Je viens de découvrir la vidéo du candomblé et j’adoore !! vous avez trop bien résumé l’esprit de la cérémonie. En tout cas c’est super que vous ayez eu la chance d’assister à ça !
    Beijos !

    Béatrice TISON

    20 mars 2012
    • Pierre-Alexandre #

      Oi !
      Venant de toi, tu m’en vois très flatté ! Mais on s’est surtout bien amusé !
      Le grand départ approche ?
      Bizzz

      27 mars 2012

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