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Un an déjà

Un an que le temps a repris son cours, que les jours s’égrainent sans que plus rien ne les retienne.
Le voyage a cette faculté de remplir chaque instant. Il distille le présent par petites gorgées.
Immergé au coeur du monde, on ne se lasse pas d’en découvrir les multiples facettes. Pas à pas.
Pourtant le plus marquant n’est pas ce que nos yeux ont vu, mais l’expérience même du voyage.
A
Dès lors, difficile d’extraire un pays en particulier ou de résumer ce périple à quelques anecdotes.

Le voyage n’est pas une somme de fragments mais ce qui les unit.
Et aussi ce qui nous a unis durant toute une année, pour la plus belle expérience que nous ayons jamais partagée.
Pierre-Alexandre

***

Je ne cesse de chercher le ciel et quand, entre plusieurs couches de nuages, enfin un bout apparaît, mon cœur s’emballe. Tout y passe, fenêtre, hublot, vitre… Dans le bus, en voiture, à pied, en avion, de mon bureau, au-dessus du lit quand mes yeux s’ouvrent. Il est là. Le ciel, mon fil d’Ariane.

Au réveil, il rosit timidement comme sur cette splendide plage à Moeraki. Puis, petit à petit, il suffit que le bleu reprenne des forces et se fraie un chemin entre les nuages cotonneux pour que je me retrouve libre sur un cheval mongol. Et avec un peu de chance, ce bleu s’intensifiera et sera aussi pur que celui qui plane sur le Licancabur. Quand en fin de journée il se pare de sa couleur orangée, je me retrouve le souffle coupé, les larmes aux yeux, au sommet du Rinjani. Je prends alors une grande respiration et je continue ce que j’étais en train de faire, le sourire aux lèvres.

Maintenant, on le sait. On repartira.

Je me souviens du vol de départ pour le Brésil. Un sentiment bizarre nous serrait le cœur. Mélange de nostalgie, de doute et de peur de regretter. Nous étions loin d’imaginer qu’un an après, avant d’embarquer pour Paris, nous allions nous demander si rater cet avion ne serait pas la meilleure décision à prendre.

Le retour, nous n’y avons jamais vraiment pensé pendant cette année.
Pour la simple raison que nous nous sentions chez nous. Les lieux, les gens, la météo, les cultures, les langues étaient forcément différentes. Mais nous étions les mêmes et surtout nous étions ensemble. Et cela suffisait à recréer un environnement dans lequel nous nous sentions bien et où un certain schéma se répétait inconsciemment de ville en ville, de pays en pays. Je ne saurais décrire cette routine mieux que Sylvain Tesson.

Bizarrement, je ne me rappelle pas des désagréments ou inconforts que nous avons pu rencontrer. Ca n’a jamais eu grande importance. Mais je me revois sans peine retomber en enfance, jouant inlassablement avec un bébé lion de mer, ou suivant bouche-bée le laser de l’astronome sur le ciel de La Serena. Je revois Pierre-Alexandre si heureux d’ouvrir le dernier biscuit Oréo ou galoper librement vers le Lac Kovsgul. Je me souviendrai longtemps des yeux embués de Martha qui nous bénissait avant notre départ de chez elle ou de la générosité et du sourire d’Ihanu. J’ai encore mal au ventre des fous rires avec Zineb devant les photographes japonais, ou avec Pierre-Alexandre sur les répétitions de la danse indienne. Ma peau n’oubliera jamais le plaisir de la brûlure de l’eau chaude, souvent devenue un luxe, et mes papilles garderont pour toujours le goût du jus de la peau de canard laqué, de la tendresse de la viande de bœuf du RyuGin ou du piquant citronné du ceviche.

Je me souviens de tous ces moments où nous nous sommes retrouvés face à la beauté ou à la cruauté de la nature ou bien des hommes. Cette force qui s’impose à nous, nue, généreuse, violente parfois. Des moments où nous nous sommes dépassés physiquement et moralement. Des moments où nous nous sommes plus que tout sentis vivants. C’est justement pour la quête de cet intensité de la vie que je voyage.

Cette année a aussi été la confirmation de la force qui unit notre couple. Nous formons une sacrée équipe ! Nous avons pris soin l’un de l’autre, nous nous aimons, et nous aimons le voyage. Vivre 24h/24, 7 jours sur 7, exacerbe nécessairement les caractères. D’ailleurs, il nous a fallu un peu de temps pour prendre conscience de nos attentes et exigences mutuelles. Et à l’instar d’un cadre de vie « normal » la solution passe forcément par la communication.

Est-ce qu’on survit à un tour du monde ? Malheureusement oui. Les réflexes reviennent progressivement, on se débarrasse de notre engourdissement anti-sociétal et on se met à acheter des choses dont on n’a nul besoin, on change de vêtements tous les jours, on mange alors qu’on n’a pas faim, on se rend compte que le temps passe très vite, trop vite. Mais on ne râle plus si la queue au supermarché est trop lente ou si les transports sont en retard de 5 min, un voyage de 4 heures est comme une promenade de santé et on peut sortir même s’il pleut. A la télé, on ne regarde plus que les reportages animaliers ou sur les voyages, on ne se moque plus des randonneurs avec des grosses chaussures, et puis on travaille. Ce n’est plus si important que ça de savoir si le métier que nous exerçons a un sens ou pas, mais c’est important de savoir que grâce à ce métier, nous repartirons.

Voyager donne aussi envie de fonder une famille. Voyager avec des enfants, ma foi pourquoi pas ! Souvent je me mets à m’imaginer avec des mini Pierre-Alexandre, qui sont pénibles quand ils ont faim, qui ont envie de faire pipi à peine sortis de l’auberge ou du resto, qui trébuchent sur tous les obstacles visibles, mais qui au final, en un seul grand sourire, remplissent mon cœur de bonheur. Et quoi de mieux que le voyage, pour leur apprendre les rudiments de la vie ?
Respecter les autres et la nature, se défendre, veiller sur les siens, s’ouvrir aux autres, tolérer les différences, aimer la vie, protéger la nature, aimer la lecture, rêver, rester humble, généreux, positif, prendre conscience de soi et de ses actions, apprendre à vivre en communauté, gérer le rapport à l’argent et aux biens matériels, apprendre l’esprit d’équipe, le partage, être curieux et surtout ne pas trop se prendre au sérieux.

Faire un tour du monde n’a jamais été un rêve pour nous. Ce n’est pas un exploit et encore moins une preuve de courage. Ce fut juste un moyen de prendre conscience que nous avons toujours le choix de vivre la vie que nous souhaitons. Il n’y a pas de bonnes ou mauvaises façons de vivre sa vie intensément. D’autres s’accomplissent par l’art, l’écriture, le sport, la sécurité, la religion, l’exil, la solitude, les enfants ou bien la fuite.
Pour nous, c’est incontestablement le voyage.
Meriem

NB : aurait-on suscité une vocation ? Houda, une amie de Casa, part en juillet prochain ! N’hésitez pas à la suivre sur son blog : Moroccan NOMAD.

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10 Commentaires Poster un commentaire
  1. Houda #

    Meriem, on dirait que tu es entrain de penser à faire des gosses juste pour tester ce que ça donne en voyage! 😜
    Allez courage, quelques couches et des litres de laits et « le tour » est joué.
    PS: je passe sur le commentaire gentil émotionnel trop mignon, faut de l’équilibre 😏
    Mouah!

    14 janvier 2014
  2. jltheyoung #

    Nuit d’insomnie. Je vous ai lu à cinq heures du matin quand après une nuit à dormir en pointillé on commence à avoir le blues. Vous m’avez redonné le sourire. Ils seront chanceux les petits de Merirem et Pierre Alexandre car ils auront de chouettes parents !

    14 janvier 2014
  3. Raphie #

    Que c’est bien écrit….

    14 janvier 2014
  4. comillaslovers #

    Nous actons, nous actons. Ah quelle actualité ! Assurances voyage, assurances bonheur, rire assurance, intelligence service, elle est bien cette école !

    14 janvier 2014
  5. daniellemercier2 #

    Encore une fois vous avez réussi à me faire monter les larmes aux yeux.
    Belle philosophie de la vie après un an de découvertes et un an de bonheur .
    La perche est tendue…une petite Meriem ou un petit Pierre Alexandre pourraient bien prendre goût à un nouveau voyage.

    14 janvier 2014
  6. Quel talent! Votre bonheur et votre amour sont incroyables et ces lignes le prouvent! Quelle chance de connaitre cela! Ne vous lassez jamais d’en profiter!

    14 janvier 2014
  7. Marisa #

    Bravo pour ce. Super récit et profitez un Max , bon vent pour vos nouvelles aventure, meilleurs vœux Marisa

    14 janvier 2014
  8. Abdelmajid & Saida #

    Quel talent ! Quel style !
    Chapeau ! Je ne trouve pas les mots pour dire ce que je pense. Chaque phrase est une merveille.
    Je m’incline.
    Chapeau bas.
    Comme d’habitude.

    15 janvier 2014
  9. fab2000 #

    La grande classe…

    23 janvier 2014
  10. comillaslovers #

    Alors les flemmards! À quand des nouvelles de vos charentaises, de vos chaises longues et cure thermale au Zimboumboum?

    8 juin 2014

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