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W ou le souvenir de souffrance

« Vous êtes des randonneurs professionnalistes? »

C’est à ce moment précis, lorsque notre colocataire italien nous pose cette question au ptit déj, que nous avons pris conscience de la folie furieuse qui nous avait gagnés. Partir en trek à la conquête du fameux « Dabelyou », une randonnée de 5 jours dans le parc de Torres del Paine, le plus beau du Chili, célèbre pour ses paysages mais aussi pour sa météo changeante qui peut faire défiler les quatre saisons dans une même journée.

Au menu, pas moins de 89 km dans ce circuit qui forme un W autour de trois principales attractions, les Torres del Paine, la Vallée des Français et le Glacier Grey. Tout ça évidemment avec des sacs à dos contenant la bouffe pour tout le séjour, les vêtements et le matériel de camping ! Nos amis le savent, pour la rando, nous nous plaçons plutôt dans la catégorie poids plumes, mais on est comme ça, on se passionne pour des concepts, et le fait que ce circuit porte un nom pareil nous a immédiatement convaincu de relever le défi !

Jour 1 : courage…fuyons
4,5 heures de marche, 11km

Départ de l’hostel à 7h30. À la pesée, 20 kg sur le dos pour PA et 13kg pour moi. Autant dire que nous avons largement explosé les quotas conseillés par rapport à notre poids. Erreur de débutants. On a pourtant l’impression de n’avoir emporté que le strict minimum…
À l’entrée du parc, un beau soleil nous attend et c’est le top départ dans la joie et la bonne humeur. Au bout de 3 heures de marche, alternant côtes et descentes effrénées, nous arrivons tant bien que mal au camping de las Torres. Le guardaparque nous conseille d’installer rapidement notre tente et de monter illico voir les tours puisque la météo est incertaine pour le lendemain. C’était sans compter sur le duo de bras cassés que nous formons… Nous avons mis plus d’une demi-heure à monter la tente, non sans avoir sollicité honteusement l’aide d’un voisin. Heureusement que le loueur nous avait montré le mode d’emploi la veille ! Une heure de grimpette assez physique (2km) et nous voilà récompensés par une vue magique des torres del Paine (nous y retournerons malgré tout le lendemain matin pour le lever de soleil, mais hélas les nuages seront bel et bien au rendez-vous…)

Jour 2 : la marche de l’empereur
9 heures de marche, 25,5km

Marcher, piétiner, glisser, escalader, monter, descendre… Cette journée était interminable et chacun de nous cherchait de la motivation là où il pouvait. Pour PA, la carotte était dans la barre de céréales, le riz et le petit oréo. Il marchait pour atteindre la pause du matin puis le déjeuner puis le goûter. Quant à moi, j’essayais de comprendre pourquoi tant de gens adorent les randonnées difficiles, où la douleur fait partie intégrante de la marche. Je m’imaginais Antoine, ce cher ami, un bouquin dans une main et le sac à dos dans l’autre, avalant des kilomètres sans aucune relâche. Comment arrive-il au bout de ses treks alors qu’il ne fait jamais de sport et passe ses week-ends à boire du bon vin et se goinfrer des petits mets de sa femme ? Ces gens là, sont des fous furieux.
Toute bonne chose ayant une fin, nous arrivons exténués au camp de los Italianos. Notre bol de riz est servi à 19h – PA ne pouvant s’empêcher de loucher sur les portions préparées par nos co-randonneurs allemands – puis dodo à 20h dans le confort de notre tente microscopique, sur un sol dur et avec le bruit des gouttes qui commencent à tomber…

Jour 3 : le lièvre et la tortue
6 heures de marche, 15km

Aujourd’hui est censé être un jour de récupération, seulement 6 heures de marche AR, pour atteindre le mirador du Campo Britannico. Côté météo, c’est le plus mauvais jour du séjour, il pleut des cordes et il fait un froid de canard. Ne voyant pas l’intérêt de marcher sous la pluie pour ne voir que du brouillard, je freinais des 4 fers pour zapper cette étape et rester tranquillou au camp. Mais PA, ayant cette obsession de vouloir coûte que coûte finir ce qu’il a commencé, me force à y aller et m’achète avec un massage des pieds. Je lui emboite donc le pas la mort dans l’âme, en mode tortue, le laissant me devancer de quelques cinquantaines de mètres… Finalement la chance nous sourit à l’arrivée puisque le soleil fera son apparition et nous régalera d’une vue spectaculaire.

Jour 4 : méchoui time
8 heures de marche, 26,5km

Aujourd’hui nous prendrons la pleine mesure des dégâts causés par le récent incendie qui a ravagé le parc. Un touriste israélien de 23 ans a voulu faire un geste écologique en brulant son papier toilette pour ne pas le ramener avec lui ni le laisser sur place…et pan ! 14 000 hectares de forêt partis en fumée, soit 7% de la superficie du parc ! Comme dit Brassens, « quand on est con on est con » !
Ce soir, nous dresserons notre tente au Refugio Grey, censé être payant, mais qu’on ne paiera pas pour la simple raison que personne ne nous l’a demandé.
Une dernière petite ascension jusqu’au camping los Guardas me permet de prendre quelques clichés du glacier Grey, quant à PA, il reste méditatif sur le fait que ce bien-nommé camping soit justement le seul sans gardes…

Jour 5 : la délivrance
3 heures de marche, 11km

La réjouissante perspective d’en finir me donne des ailes, je gambade, tandis que PA a déjà dans la bouche le goût de la pizza qu’il engloutira le soir même. Cette dernière marche ne sera que pure formalité. Nous profitons de notre temps d’avance pour nous étirer et déjeuner avant de prendre le catamaran qui nous ramènera à notre point de départ.
La petite demi-heure de croisière sera le temps pour nous de faire le bilan de ce trek : Torres del Paine nous en aura donné beaucoup, mais il la valait largement (la peine), nous avons adoré les paysages, le circuit était physique mais loin d’être insurmontable – on était toujours en dessous des temps moyens indiqués – pourtant le constat est bien là, criant de vérité, la rando c’est clairement pas not’ truc !

A

Point matos :
Comme l’a si bien dit un randonneur américain, « il n’y a pas de mauvais climat, il n’y a que de mauvais équipements« .
Un grand merci à Meindl pour avoir inventé ces chaussures qui ont resisté à tous types de terrains, boues, gros cailloux, eau, terre, bois, galets et qui nous ont évité moultes foulures de chevilles.
Bravo à Patagonia et Haglöfs pour le confort de leurs polaires et à Icebreaker pour la chaleur de ses sous-vêtements techniques.
Enfin un bonnet d’âne pour Schöffel, dont la respirabilité des vestes Gore-Tex laisse clairement à désirer, sans parler des fermetures éclair, particulièrement pénibles à remonter  !

Et maintenant, repos bien mérité sur l’île de Chiloé.

20 Commentaires Poster un commentaire
  1. Myriam #

    Besse77a ouerra7a, tres jolie video! Ca donne envie! Ismael a aussi adore, il est reste concentre tout le long :-)
    Myriam, Youssef, et Ismael

    12 mars 2012
    • aquiltour #

      Mit deinem großen Bauch wird es nicht einfach sein. Küssen die Deutschen

      13 mars 2012
  2. Chapeau ! Paysages magnifiques !….et même pas une petite ampoule ?

    12 mars 2012
    • Meriem #

      Une chtite ampoule pour PA, mais on a plus eu des contusions aux hanches à cause du poids des sacs

      13 mars 2012
  3. Danielle #

    Avec un V comme Vivaldi votre trek aurait sans doute été moins pénible, mais je n’aurai pas été épaté par ma belle-fille à ce point. Bravo à tous les deux.

    12 mars 2012
    • Meriem #

      J’ai bien rendu hommage à Vivaldi avec mes changements d’humeur!

      13 mars 2012
  4. Stephanie #

    Well Done !!! Bravo pour ce challenge réussi et pour cette belle vidéo. Vos aventures m’ont bien fais rire :-) La bise à vous deux.

    12 mars 2012
    • Aquiltour #

      Thx Steph! Dommage qu’on n’ait pas eu Runkeeper sur nous ;)

      12 mars 2012
  5. Greg #

    Ouh le tacle à Schöffel !!!

    12 mars 2012
    • Aquiltour #

      En toute objectivité bien sûr !

      13 mars 2012
  6. hadjsaid #

    Votre aventure n’a pas de prix.

    J’ai bouclé le tour dans les années 70, mais là !! Vous me dépassez !!
    Bravo Bravo Bravo Bravo. Autant que les branches de ce W.
    Koh Lanta est trop peu par rapport à vos randonnées d’Ushuaia et des Tours de la Peine.
    A plus et merci pout la vue de ces merveilleux sites.

    Maa chaallah wa soubhanallah !

    HADJ.

    12 mars 2012
    • Meriem #

      Mais toi t’as fait ton tour en bâteau, de port en port, alors que notre expérience maritime se résume à jouer aux matelots sur un voilier en Grèce!

      13 mars 2012
      • hadjsaid #

        Les escales duraient 1 mois,je n’hésitais donc pas à aller à l’intérieur des terres,tiens Valparaiso me rappelle de bons souvenirs,n’oublie pas de visiter Vinia del mar en région de Valparaiso pas très loin,où les colons avaient planté des vignes de Bordeaux,c’est une belle cité balnéaire pour riches – N’usez pas toutes vos forces – Très bonne continuation,Alex soigne tes bobos et prends ton temps il vous reste encore 10 mois. HADJ.

        14 mars 2012
  7. Aïcha et Sami #

    Bravo ! Bravo car il en faut du courage pour votre randonnée..euh ..plutôt votre trecking grandiose !
    On veux bien vous rejoindre marcher avec vous…Sami ve propose de porter vos deux sacs…
    Gros bisous
    Aïcha et Sami

    13 mars 2012
    • Meriem #

      Cimer les tourtereaux! Et Sami tu viens quand tu veux, mais surtout n’amène pas Annick avec toi, elle n’ira pas jusqu’au bout :p

      13 mars 2012
  8. Roulious #

    franchement vous me faites plaisir! surtout toi Meriem qui est une grande sportive! tu comprends maintenant mieux mes vacances et mes petits délires ‘raids’. je vous envie bien….
    have fun!!! & keep the momentum :)

    13 mars 2012
    • Meriem #

      Dans ce même parc tu peux faire un trek beaucoup plus warrior en 10 jours, ça s’appelle le circuito ou le O, et là tu vas bien déguster mon ptit roulious

      13 mars 2012
  9. Bravo les professionnalistes

    La Jordanie c’était du chiquet à côté

    Encore quelques semaines du même tonneau et vous serez accro

    Biz

    13 mars 2012
  10. comillaslovers #

    je trouve qu’un petit tour chez le barbier, le coiffeur, le pédicure et la manucure serait de mise, vous avez vos agendas pour prendre rendez-vous, non ? Et puis vous avez tout le temps devant vous, il ne faut pas vous laisser aller comme ça, vous diraient Philippe et Margarete de Beaulieu dans l’émission « A votre écoute coûte que coûte ».

    14 mars 2012
  11. Antoine #

    Tu substitues l’enfance à la souffrance !
    Quelle belle allégorie, ça me fait penser à nos soirées estudientines où pierrot jouait les mélenchon avec les barrières…
    Perec est bien loin mais tu restes oulipien dans tes jeux de mots.
    Au plaisir de martager des moments de souffrance, ensemble aux quatre coins du monde !
    Grosvier.

    19 mars 2012

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